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Blanco Némésis de Booba – Le Pirate Face à Son Miroir
Blanco Némésis de Booba – Le Pirate Face à Son Miroir
par Slimane Tirera
Depuis Mauvais Œil avec Lunatic jusqu’à Ultra, j’ai toujours défendu Booba comme l’artiste le plus cohérent et le plus courageux du rap français. Avec Blanco Némésis, son douzième album, il confirme une vérité que j’avais déjà pressentie en 2021 : le Duc de Boulogne n’a plus d’ennemi à sa hauteur. Il ne lui reste plus qu’à se battre contre lui-même.
Du Panthéon à la Solitude du Sommet
Depuis Temps Mort (2002) jusqu’à Nero Némésis (2015), Booba a construit une œuvre monumentale, mêlant la noirceur du Booba de Lunatic à l’autobiographie chantée du Booba en solo. Chaque album a été un combat contre quelque chose ou quelqu’un — Sinik, Rohff, l’industrie, la société, la France post-coloniale. Blanco Némésis semble marquer une rupture : les adversaires ont disparu, ou plutôt, ils ne sont plus dignes du ring.
Le titre lui-même est révélateur. Après Nero Némésis (2015), ce Blanco Némésis fonctionne comme un pendant lumineux et sombre à la fois — le blanc contre le noir, la némésis retournée contre soi. Le D.U.C. n’est plus seulement en guerre contre le monde ; il est en guerre contre sa propre légende.
Un Album, Onze Titres, une Promesse
Blanco Némésis sort en onze titres avec une seconde partie annoncée. C’est la marque d’un artiste qui refuse toujours les formats imposés, qui avance à son rythme, comme il l’a toujours fait depuis qu’il a quitté 45 Scientific pour créer Tallac Records, puis le 92i, la 7Corp et la Piraterie Music. Booba ne sort pas un album, il pose un acte.
Le journal Le Point titre que Booba, « sans renoncer à sa guerre contre la terre entière, sait toujours se réinventer musicalement ». C’est précisément ce qui m’a toujours fasciné chez lui : il a été l’un des premiers à utiliser le vocoder en masse dès 0.9 en 2008, il a imposé l’autotune sur Trône avant que tout le monde s’en empare, et il continue de surprendre.
Le Dernier Pirate et Son Reflet
J’écrivais en mars 2021 que Ultra n’était pas une fin mais « le début d’une nouvelle carrière». Blanco Némésis valide cette intuition. Booba reste le grand chef de la Piraterie, celui qui a révélé Kennedy, Djé, Kaaris, Shay, SDM, Green Montana et tant d’autres. Mais désormais, il semble avoir dépassé le stade du compétiteur pour entrer dans celui du monument.
Il y a quelque chose de profondément mélancolique et beau dans cette position. Comme ces punchlines de Trône où il chantait « J’vise des carrières, tireur d’élite, sombre pirate s’identifie», Blanco Némésis est l’album d’un homme qui a gagné toutes ses guerres et qui doit maintenant affronter la plus difficile d’entre elles : rester lui-même, intact, face au temps qui passe et au rap-jeu qui change.
L’Héritage est Déjà Écrit
Depuis Lunatic jusqu’à Blanco Némésis, Booba a traversé toutes les époques du rap français sans jamais se trahir ni se conformer. Il a son trône, sa piraterie, ses marques (Unkut, D.U.C. whisky, KoEptYs, OKLM) et son empire de labels. Ce douzième album n’est pas une conclusion mais un chapitre de plus dans l’œuvre d’un artiste qui, comme il disait avec Lunatic dans Repose en Paix, est venu « marquer son temps malgré son teint».
Blanco Némésis est l’album d’un sombre pirate qui se regarde dans le miroir. Et le miroir lui renvoie encore une image redoutable.
Slimane TIRERA, le libre-penseur